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Lycée

novembre
10
2014

Une journée pour apprendre et se découvrir autrement

Que restera-t-il plus tard chez les élèves de leur formation en lycée à Notre-Dame ?

Lundi 10 novembre 2014, une sortie pédagogique pour les élèves de la Première S L ES et de Terminales L ES, en Ariège, pour réfléchir aux différents visages que peut prendre l’homme. Nous naissons hommes, nous avons à devenir humains, et pourtant cela ne va pas toujours de soi.

Deux 1ères belles surprises : Tous les élèves sont là à 8h à Milliane, soit 10 minutes avant le début des cours normaux, et il fait beau, un très beau soleil s’annonce pour toute la journée. Ouf ! Cela fait oublier qu’il a fallu courir après quelques chèques, coupons, photocopies en tout genre… Petit cahier de dessin et programme de la journée distribués à chacun par Mme Guary. L’idée est de « s’essayer » à la Montaigne, en mettant par écrit croquis, notes, réactions et citations sur l’humain, qui est le thème de la journée.

1er arrêt à la gare du Vernet d’Ariège, puis au Mémorial du Vernet : Mme Cazalot Le Morvan évoque brièvement la spécificité de la seconde guerre mondiale, la différence entre camp de concentration et d’extermination, ce qui s’est passé au Vernet… Paradoxe : seul l’homme peut être inhumain.

On descend du bus et on longe la nationale pour se rendre au Mémorial. Mr Biais montre aux élèves une plaque avec un numéro à six chiffres, à côté d’un triangle rouge, en expliquant de quoi il en retourne. Avant de partir, chacun punaise un petit bout de ruban bleu blanc rouge à l’entrée. La date a été choisie avant le 11 novembre, le geste commémoratif est là pour rappeler l’importance du lien social, entre générations aussi. Des gens ont vécu avant nous, le monde nous préexiste, il y a eu des actes sordides, mais aussi du courage et du panache.

Retour au bus et départ pour le Carla-Bayle, village natal du philosophe Pierre Bayle. Légère ironie des élèves qui montent dans le bus, alors qu’on les compte un par un : « Oh la la, est-ce qu’on n’est pas en train de me déshumaniser, en me donnant un numéro ?! ». Ils ont d’eux-mêmes ajouté ce qui fait aussi le propre de l’homme : l’humour.

On démarre, un texte est donné pour réfléchir sur l’humain et l’inhumain : il s’agit du témoignage d’Etty Hillesum, extrait de son journal, Une vie bouleversée, tenu en camp de concentration en Hollande. Dans la même page, Etty peut parler philo, poésie, amour… et finir sur la vaisselle qu’il faut faire. Comment rester humain quand tout pousse à devenir inhumain ? Etty y arrive, grâce à sa foi, cherchant à « être un ferment de paix dans un monde de fous »…

Arrivés au Carla, il faut finir à pied, le bus étant trop long (66 places, choisi exprès !). On se sépare : un groupe va au temple, pour visiter, et écouter Mr Charavel, sur les liens entre économie et religion, chez Weber notamment. L’autre groupe va à la maison de Pierre Bayle, écouter la guide (la visite est gratuite pour les scolaires). « Il est des comètes sans malheur et des malheurs sans comète » lit-on dans le musée. A partir de la vie de Bayle, la guide en arrive à évoquer très clairement ses idées philosophiques et religieuses, modernes pour le 17ème, son rationalisme modéré, son monarchisme surprenant… La prof de philo en profite pour faire lire aux terminales un autre extrait sur la séparation entre morale et religion : même des athées peuvent et doivent être vertueux.

Les groupes changent, on finit la visite, on redescend au bus doucement. L’occasion d’apprendre à vivre en groupe, développer les savoir-être : on salue un vieux monsieur dans la rue, dont les parents ont été déportés au Vernet ; on ne crie pas dans la rue ; on s’attend pour manger tous ensemble…

A la fin du repas : regroupement (à 59) pour écouter les témoignages des élèves volontaires. Quels sont les engagements des jeunes aujourd’hui en Ariège, au nom de l’humain ? Que font nos élèves en-dehors des cours ? Sont-ils sensibles à l’humain ? Quelques élèves prennent la parole : animations avec le BAFA, associations sportives, secourisme, scoutisme… On se découvre autrement : profs et élèves, élèves de séries et de niveaux différents. Certains élèves font jusqu’à 3 entraînements de sport et un match par semaine ! Petit sondage et calcul fait avec un portable (aie, à ne pas dire aux profs de maths) : 48 % des élèves font partie d’associations (théâtre, musique…). Re ouf : ce ne sont pas ces ados narcissiques, ultra gâtés, blasés et grincheux, qui s’étonnent ensuite d’être malheureux.

On repart, en étant bien dans les temps, pour le Mas d’Azil, pour les deux dernières visites, en deux groupes encore. Il y a la grotte à voir, avec un guide (seule visite payante de la journée, mais à tarif réduit), pour évoquer la préhistoire et les origines de l’humain, par distinction avec l’animal. C’est une des plus grandes grottes d’Europe, habitée il y a 35000 ans par les Magdaléniens. La guide évoque leurs techniques de chasse et leur mode de vie. Un petit film retrace l’évolution des préhistoriens sur le sujet. Longtemps caricaturés, les hommes préhistoriques sont de plus en plus reconnus dans leur dimension pleinement humaine, avec notamment le culte des morts, les dessins rupestres…

Puis il y a une jeune artiste à écouter au centre culturel : Alice Assouline, de Marseille, qui a fait les Beaux-arts, et expose en ce moment à Toulouse, Place de la Bourse. Elle est en résidence au Mas d’Azil, rattachée à la Caza d’Oro, maison des artistes du village. Comment parler de l’humain sans évoquer sa dimension artistique ? Alice Assouline travaille sur plusieurs supports : dessins, peintures, vidéos, danse, théâtre, musique… Elle s’inspire des légendes classiques (Grimm…), mais aussi locales, et a interviewé des habitants du Mas là-dessus.

Ah l’art contemporain… ! Un élève de 1°S, futé, demande si l’on ne devrait pas parler plutôt « d’art-comptant-pour-rien », à propos de toutes autres démarches vues sur internet. On est en effet un peu tous surpris par la démarche expérimentale, mais c’est l’occasion d’échanger, de réagir, de réfléchir, de réfuter avec des arguments… L’homme est bien aussi parfois irrationnel, cela fait partie de lui. Ne peut-on pas voir dans l’art contemporain une tentative pour exprimer, dénoncer, creuser… l’irrationnel qui est en chacun de nous ?

Pas le temps de tout développer, ni même de tout voir dans la grotte, pour le 2nd groupe, à cause du retard. Retour tambour battant pour 16h45 à Pamiers, car le bus doit repartir ailleurs ! Le lendemain : 11 novembre, les commémorations, mais à Pamiers. Rendez-vous pris pour Saint-Jean 10h15, pour une autre rencontre hors des cours, mais toujours pour relier les humains et se soucier de l’humanité en chacun.

On ne sait pas ce qu’il restera aux élèves d’une sortie, de nos cours en général, et de toute leur formation à l’école. Il arrive que les profs se découragent en voyant les élèves ne pas travailler, ne pas s’intéresser, ne pas lire, râler pour tout… Pourtant, à travers cette petite journée, nous avons pu avoir nos élèves, tout à fait calmes, solidaires, plutôt contents, avec des réactions saines, capables d’humour et de réflexion. C’est donc un motif d’espoir pour nous.

Merci aux élèves et aux familles d’avoir « joué le jeu ».
Merci aux accompagnateurs et au chauffeur,
sans oublier le cuisinier, ni l’école,
à Elodie enfin, pour les photos de la journée